Tag de l’article

Réforme du CPF : permis de conduire, plafonnements certifications RS et bilan de compétences

La loi de finances 2026 introduit des mesures qui modifient l'usage du CPF : financement du permis B, plafonds sur le RS et les bilans de compétences.
February 20, 2026

/La loi de finances pour 2026 (adoptée le 30 décembre 2025) et des décrets à venir, modifient substantiellement le fonctionnement du Compte Personnel de Formation (CPF).

On fait le point.

Ce que dit la loi : les dispositions adoptées

Article 81 de la loi de finances 2026

[ 🆕 Mise à jour 19/02/2026 : La loi est validée par le Conseil Constitutionnel, l'article 81 devient l'article 203. Ses contenus ne sont pas modifiés.]

Le texte législatif introduit de nouvelles mesures concernant le CPF, codifiées à l'article L. 6323-6 du code du travail.

Mesure 1 : Plafonnement des droits mobilisables

Le projet de décret d'application, soumis à la Commission nationale de la négociation collective, de l'emploi et de la formation professionnelle (CNNCEFP), fixe trois plafonds :

  • 900 € pour la préparation au permis de conduire (véhicules légers, catégorie B)
  • 1 500 € pour les certifications enregistrées au Répertoire Spécifique (RS), hors certification CléA
  • 1 600 € pour les bilans de compétences

➡️ Comment ont été calculés ces plafonds ?

Ils prennent en compte les coûts moyens observés sur Mon Compte Formation entre 2022 et 2024.

Mesure 2 : Restriction du financement du permis B pour les salariés

L'accès au financement du permis de conduire via le CPF devient conditionnel :

  • Pour les demandeurs d'emploi : accès maintenu sans condition
  • Pour les salariés : accès conditionné à un cofinancement minimum de 100 € par un tiers financeur (employeur, OPCO, région)
Mesure 3 : Suppression du bilan de compétences du CPF [Modifiée]

Initialement prévue dans les premières versions du texte, cette mesure a été modifiée. Le bilan de compétences reste éligible mais plafonné à 1 600 €.

➡️ Quand s’appliquerait cette réforme ?

La réforme entrera probablement en vigueur le lendemain de la promulgation des décrets confirmant les plafonds. Les décrets pouvant prendre du temps, on entend 20 février, mai, septembre 2026... Il faut encore attendre pour être certain.

Prenons un exemple : une formation RS de 30h

Un salarié dispose de 5 000 € sur son CPF. Il souhaite suivre une formation RS de 30 heures au tarif de 2 600 €.

Avant l’entrée en vigueur :

  • Mobilisation CPF : 2 600 €
  • Reste à charge obligatoire (depuis janvier 2026) : 103,20 €
  • Coût total pour le salarié : 103,20 €

Après l’entrée en vigueur :

  • Mobilisation CPF : 1 500 € (plafond RS)
  • Complément nécessaire : 1 100 €
  • Reste à charge obligatoire : 103,20 €
  • Coût total pour le salarié : 1 203,20 € (s'il n'obtient pas de cofinancement employeur/OPCO)

Prenons un exemple : le permis B

En estimant un coût moyen du permis B de 1 020 € (observé en 2024 sur MCF). Un titulaire souhaite financer son permis.

Avant l’entrée en vigueur :

  • Mobilisation CPF : 1 020 €
  • Reste à charge obligatoire : 103,20 €
  • Coût total : 103,20 €

Après l’entrée en vigueur :

  • Un demandeur d’emploi aura un reste à charge de 223,20 € (mobilisation du CPF de maximum 900 €, 120 € restants à compléter, 103,20 € du reste à charge obligatoire).
  • Un salarié sans cofinancement d’un minimum de 100 € ne pourra pas mobiliser son CPF et devra payer les 1 020 € (ou plus).
  • Un salarié avec le cofinancement minimum de 100 € aura un reste à charge de 123,20 € (mobilisation CPF de maximum 900 €, cofinancement de 100 €, reste à charge obligatoire de 103,20 €).

Augmentation du reste à charge, minimum de 100 € pour le cofinancement : d’autres mesures attendues

D’autres mesures, elles aussi encore à préciser par décret, font évoluer l’usage du CPF.

  • Le reste à charge (ticket modérateur) passerait à 150 € (conditions à confirmer)
  • Un minimum de 100 € serait introduit pour les cofinancements (à confirmer)

Concrètement, le minimum sur les cofinancements (par l’employeur, un Opco, l’Etat, les régions, France Travail, le FIPHFP, les CPAM, la CNAM, les CMA, ou les fonds d'assurance-formation de non-salariés) limite l’accès pour certains actifs.

Par exemple, le financement du permis de conduire via le CPF pour les salariés est conditionné à l’obtention d’un cofinancement. Sans ce minimum de 100 €, un employeur sans budget formation aurait pu débloquer le financement CPF pour un salarié en participant à hauteur d’un faible montant. Avec cette mesure, il faudra réussir à faire financer au moins 100 €, ce qui complique cette stratégie.

Quelles conséquences attendre ? Impact sur le secteur, les bénéficiaires et les organismes

Les risques anticipés par les acteurs de la formation et de la certification comme des bénéficiaires sont multiples :

  • Fragilisation de dispositifs pourtant efficaces
  • Inégalités d’accès aux actions conditionnées et plafonnées
  • Inégalités professionnelles découlant de cette inégalité d’accès
  • Remise en cause de la qualité pédagogique si les organismes sont forcés à baisser leurs tarifs
  • Bouleversement de l’activité économique des organismes
  • Pertes financiaires majeures pour le secteur…

On en parle plus en détail dans nos articles dédiés :

➡️ Lire l’article “Réforme du CPF 2026 : l’impact sur les certifications Répertoire Spécifique (RS)

➡️ Lire l’article “Réforme du CPF 2026 : l’impact sur les bilans de compétences

➡️ Lire l’article “Réforme du CPF 2026 : l’impact sur le permis de conduire

Les raisons de ces nouvelles restrictions : fraude au CPF et économies, un dispositif qui a dû reculer

France compétences prévoit un solde négatif de -465 millions d’euros en 2025 malgré les subventions de l’Etat.

Entre 2019 et 2021, la mobilisation du CPF n’a fait qu’augmenter, avec une explosion après 2020. Passant de 942 546 à 1 981 726 dossiers en un an, le dispositif a été largement sollicité par les bénéficiaires. Sans surprise, la dépense totale engendrée a bondi.

En 2023, une baisse s’observe suite à l’obligation de France Connect+ instaurée en octobre 2022 pour lutter contre la fraude. Mais le CPF est resté un moyen de financement très populaire. (France Compétences, Dares, Caisse des Dépôts et Consignations)

Les formations au permis de conduire représentaient 22 % des dépenses du CPF en 2024, pour une dépense totale estimée de 315 M€, soit 14,5 % du budget total. Il n’est pas surprenant que lorsqu’émerge un objectif d’économies sur les budgets, ces formations soient les premières à tomber.

Les certifications RS approchent le tiers des dossiers financés (31,4 % en 2023, chiffres de la CDC). Elles ont un coût horaire 5 fois supérieur aux titres RNCP, et les bilans de compétences sont parmi les actions les plus coûteuses du domaine RS. C’est encore une fois sans surprise qu’on les retrouve parmi les financements plafonnés.

Enfin, l’argument qui revient souvent : faire du CPF un outil de co-construction avec les employeurs. Pour le moment peu utilisé comme tel, il serait bénéfique pour les entreprises d’orienter les formations cofinancées vers les compétences dont elles ont besoin. Mais le débat persiste : dans ce cas, permet-il réellement aux salariés de “choisir leur avenir professionnel” ? Le Compte Personnel de Formation serait-il un Compte Professionnel de Formation ?

Les issues possibles pour les certificateurs et organismes touchés

Pour les actions plafonnées dont le tarif est déjà inférieur au plafond, ces mesures auront un faible impact direct. Les bénéficiaires pourraient toujours financer l’intégralité avec leur CPF.

Pour le permis, il faudra quand même anticiper une perte d’activité si une partie des salariés sans cofinancements, non éligibles à l’utilisation de leur CPF, renoncent.

Pour les tarifs qui dépassent les plafonds, deux options : baisser les prix, ou chercher des cofinancements.

Baisser ses prix :

  • Pour rester sous le plafond, et éviter le reste à charge candidat
  • Implique une réduction des marges
  • Pourrait entraîner la remise en cause de la qualité pédagogique
  • Doit prendre en compte les coûts qui conditionnent la faisabilité d’une baisse (formateurs, locaux…)

Trouver des cofinancements :

  • Pour qu’ils prennent en charge le montant non finançable par le CPF à la place des bénéfiaires
  • Demande de développer des partenariats avec les employeurs et Opco
  • Implique de structurer une offre commerciale BtoB (et pas seulement BtoC)
  • Nécessite une force de vente et une capacité à négocier avec les Opco

Une troisième issue : changer de stratégie. Pour les organismes certificateurs reposant beaucoup sur le RS, cela pourrait par exemple se manifester par un passage au RNCP.

En savoir plus dans notre article dédié à l’impact de la réforme CPF sur la certification Répertoire Spécifique

Je suis un organisme affecté par ces mesures : que faire ?

Que faire si votre activité risque d’être impactée ?

D’abord, évaluez cet impact :

  • Quelle part de mon activité sera affectée ? Par exemple : quelle part de mes certifications est au RS vs au RNCP ? Quelle part de mon activité représentent les bilans de compétences ?
  • Quel est le prix moyen de mes prestations ? Combien sont au-dessus du plafond ?
  • Quelle part de mes candidats finance sa formation uniquement via CPF, sans cofinancement ?

Vous pourrez ensuite peser vos choix pour choisir la stratégie adaptée :

  • Baisser vos tarifs pour espérer maintenir le même volume de dossiers
  • Entamer un chantier de collaboration avec des cofinanceurs pour ôter ce poids aux bénéficiaires
  • Maintenir vos tarifs et anticiper une baisse du volume de dossier en cas d’absence de cofinancements
  • Transformer une partie de votre activité

Ces stratégies sont à développer sur plusieurs mois. Organisez vous de façon stratégique : des actions trop rapides et mal calculées ne parviendront pas à sécuriser votre activité.

Anticiper sur tous les fronts : renforcement de la conformité

Cet environnement de restriction budgétaire laisse miroiter un renforcement des contrôles de France compétences et de la Caisse des Dépôts. L’objectif est clair : faire des économies et flécher les financements vers les formations et certifications qui apportent une véritable valeur sur le marché .

Les offres non qualitatives ou laxistes sur la conformité seront davantage surveillées et sanctionnées.

Zones de vigilance :

  1. Audits de partenaires : S'assurer que le réseau habilité respecte les critères Qualiopi et les exigences de qualité
  2. Traçabilité des parcours : Capacité à prouver la réalité des formations dispensées (émargements, évaluations, suivis pédagogiques)
  3. Preuves d'envoi des parchemins : Journal d'audit complet en cas de contestation
  4. Enquêtes d'insertion : Respect des obligations réglementaires sur le suivi post-certification

Appuyez vous sur votre expertise, le sérieux de vos équipes et vos outils de gestion pour renforcer la conformité de tous vos processus.

Restez en veille sur l’actualité légale et règlementaire. On vous y aide sur LinkedIn, suivez-nous !

Sources législatives et réglementaires

Sources statistiques

Sources parlementaires

Vous pouvez être intéressé

Blog
February 20, 2026

France compétences : qu’est-ce que c’est, que doivent savoir les organismes certificateurs ?

France compétences : présentation, missions, pouvoir de contrôle et importance pour l'activité des organismes certificateurs.
En savoir plus
Blog
February 16, 2026

Réforme du CPF 2026 : l’impact sur le bilan de compétences

La loi de finances 2026 instaure un plafonnement au financement du bilan de compétences par le CPF. Quelles conséquences et quels impacts ?
En savoir plus
Blog
February 20, 2026

Réforme du CPF 2026 : l’impact sur le permis de conduire

La loi de finances 2026 modifie les conditions d'accès au financement via le CPF du permis de conduire (permis B) et le plafonne à 900 €.
En savoir plus
Blog
February 20, 2026

Réforme du CPF : permis de conduire, plafonnements certifications RS et bilan de compétences

La loi de finances 2026 introduit des mesures qui modifient l'usage du CPF : financement du permis B, plafonds sur le RS et les bilans de compétences.
En savoir plus
Blog
February 16, 2026

Réforme du CPF 2026 : l’impact sur les certifications Répertoire Spécifique (RS)

La loi de finances 2026 réforme l'usage du CPF, introduisant notamment un plafond pour le financement des certifications du Répertoire Spécifique (RS).
En savoir plus
Blog
February 3, 2026

C'est quoi le Vademecum de la certification professionnelle ?

Le Vademecum de la certification professionnelle publié en janvier 2026 constitue une ressource pour les certificateurs RS et RNCP. Explications.
En savoir plus
Blog
December 12, 2025

Garantir la valeur d’usage des certifications : un défi de la formation, du financement et des compétences

Exigences de qualité, obligations règlementaires, rôle des certificateurs : découvrez comment garantir la valeur d’usage d’une certification professionnelle.
En savoir plus
Blog
December 12, 2025

Qu’est-ce que l’accrochage certificateur ?

L'accrochage certificateur ou accrochage des certifiés : principe, obligations légales, processus pour déclarer à la CDC et FAQ.
En savoir plus
Blog
December 12, 2025

Comment simplifier l’accrochage certificateur ?

L'accrochage certificateur est un processus obligatoire mais chronophage. Découvrez comment le simplifier avec nos conseils et l'automatisation.
En savoir plus
Blog
December 12, 2025

Comment déposer une certification professionnelle ?

Nos conseils pour déposer une certification professionnelle et lancer votre activité de certificateur, de sa création à son enregistrement.
En savoir plus
Blog
December 12, 2025

Septeo Education accueille Wedof et lance CertiPlace, la plateforme de référence pour les certificateurs

Septeo Education lance CertiPlace après l’acquisition de Wedof, une solution innovante pour simplifier la gestion des certifications professionnelles.
En savoir plus